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Première scission survenue au sein de l’Eglise Arménienne : les Arméniens uniates, catholiques.
Byzance et Rome ont cherché, à tout propos à assujettir l’Eglise Arménienne au point de vue administratif et confessionnel. L’histoire de ces luttes est fort triste. La politique de Byzance ne fut pas entièrement stérile. Beaucoup d’Arméniens acceptèrent la confession de l’Eglise Grecque. Après la catastrophe de l’an 1915, le nombre des Arméniens de ce type a diminué peu à peu. Actuellement nous ne savons rien de leur état ni de leur nombre. L’Eglise de Rome ne fut pas moins tenace dans ses efforts pour latiniser les Arméniens. Les moyens dont elle usa ne furent pas moins rigoureux. Les rois arméniens de Cilicie se déclarèrent, aux moments critiques de l’histoire du pays, enclins à se conformer aux exigences de Rome. Mais cette tendance, avant de se réaliser pleinement, disparut avec l’espérance d’empêcher ainsi la destruction du royaume de Cilicie. Au XIVe siècle, sous le pape Jean XXII, Barthélemy de Bologne fut envoyé en Perse, chargé d’une mission apostolique. C’était un prédicateur énergique et habile; il apprit le persan et l’arménien. Il établit un couvent et une école en Arménie. De jeunes religieux arméniens qui avaient soif d’instruction se réunirent autour de lui. Parmi ces religieux, Jean de Krni et Jacques furent enchantés de leur maître et multiplièrent le nombre de leurs partisans. De cette époque date la pénétration systématique des missionnaires latins parmi les Arméniens. Un mouvement qui est connu sous le nom des Uniteurs et qui avait pour but d’unir l’Eglise Arménienne à celle de Rome, doit son origine à Barthélemy. La renommée de Rome, qui jouait à cette époque un grand rôle dans la politique européenne, attira beaucoup d’Arméniens, et parmi eux se trouvèrent même de hauts dignitaires ecclésiastiques qui entrèrent en relations avec les papes, prodiguèrent des promesses pour la cause de l’union, toujours dans l’espoir de pouvoir améliorer la situation politique de leur pays, grâce à l’influence et à la protection des papes. Les Arméniens, exposés aux dangers et aux menaces des infidèles, étaient prêts à faire toutes les concessions pour assurer leur existence politique. Ce fait est constaté dans le rapport de Leonardo Abel, archevêque de Sidon, légat du pape Grégoire XII, qui l’avait envoyé en Cilicie en 1583, pour encourager l’union des Arméniens et de Rome. Leonardo travailla beaucoup pour la réussite de sa mission. Il eut des entretiens avec les catholicos de Cilicie Azarié et Khatchatour, ainsi qu’avec les notables arméniens. A la fin, il vit qu’il n’y avait aucune chance de convertir les Arméniens avant que le pape n’eût garanti l’inviolabilité de leur vie politique et nationale. Leonardo rédigea son rapport en italien et l’envoya au pape Sixte V (+ 1590), successeur de Grégoire XII. La traduction française de ce rapport parut dans la revue de l’Orient Chrétien, (1898, pp 202-203 et 328-334). La réponse des Arméniens est formelle. "Délivrez- nous de la tyrannie sous laquelle nous vivons, alors nous deviendrons latins (catholiques) : vous serez alors maîtres de nos corps et de nos âmes et nous ferons ce que vous commanderez" La papauté n’était pas en état de donner satisfaction aux Arméniens. Aussi le peuple arménien rejeta-t-il les visées du pape. Certes il y eut des particuliers, aussi bien parmi les laïcs que dans le clergé, qui adhérèrent à Rome, par raison d’intérêt ou peut-être même, quelquefois, par conviction. Il ne sera pas superflu de citer l’observation, faite à ce sujet par l’éminent savant allemand, H.Gelzer, qui était en même temps un arménisant notable et par conséquent une personnalité tout à fait compétente en la matière. "Il existe des Arméniens unis à l’Eglise Romaine depuis les Croisades et les Uniteurs, et de nos jours; mais ils ne font pas beaucoup de progrès. Plusieurs patriarches d’ Etchmiadzine et de Sis avaient eu des relations avec Rome. L’authenticité de leur déclaration de soumission est sujette à caution, et la sincérité de celle ci sûrement douteuse." (Cf. Traduction arménienne du P. Kalemkiarian. Bibliothèque Nationale XXV p. 71) De toute façon, les Arméniens de rite romain durent dissimuler leur foi religieuse pour ne pas s’exposer aux poursuites du gouvernement turc comme apostats ou rebelles à l’autorité spirituelle. On les forçait à quitter Constantinople pour les provinces asiatiques. Finalement le gouvernement du Sultan Mahmoud, à l’intervention des puissances européennes, reconnut ces Arméniens convertis comme Katolik millet ( nation catholique), comme une communauté indépendante du Patriarcat Arménien, et placée sous l’autorité d’un archevêque particulier, en 1830. Un autre mouvement avait commencé longtemps avant le fait que nous venons de rapporter. L’évêque d’Alep, Abraham Arzivian, avait adhéré à l’Eglise Romaine, quoiqu’il fût le chef spirituel des Arméniens d’Alep. En 1735-6, Arzivian et ses partisans acquirent le couvent de Mar Georges Avkar au Liban. Ils y constituèrent un ordre religieux suivant le statut des moines maronites de Saint Antoine; en 1749, ils occupèrent Zommar et y établirent leur siège. Le 26 Novembre 1740, Abraham Arzivian fut proclamé patriarche. En 1742, il alla à Rome, où il reçut le pallium, le 8 décembre, du pape Benoît XIV, avec le titre de PATRIARCHE DE CILICIE. L’année suivante à son retour de Rome, Arzivian voulut passer par Constantinople, mais il en fut empêché par le patriarche arménien. Il mourut en 1749. Il eut pour successeurs : Jacques Hovsépian, Michel Kasbarian, Basile Avkadian, Grégoire Kupélian, Grégoire Djéranian, sous les noms de Pierre I, II, III, IV, V, VI. Les patriarches du Liban n’arrivèrent pas à ramener sous leur autorité l’archevêché de Constantinople, dont le premier archevêque fut Antoine Nouridjan. Son autorité s’étendait sur toute l’Asie Mineure, sauf l’ordre de Zommar. En 1866, Antoine Hassoun fut appelé au siège de Constantinople. On le proclama patriarche et Pie IX le confirma en 1867 par sa bulle REVERSURUS, lui donnant le titre de Patriarche de Cilicie. Ainsi fut supprimé le patriarcat de Zommar. Après la Grande Guerre, le siège du patriarcat fut transféré à Beyrouth sur l’ordre du pape. Terzian, qui était patriarche à ce moment, mourut. Son successeur est Mgr Avetik Arpiarian, ancien vicaire patriarcal. Rome contribua beaucoup au succès du patriarcat arménien catholique de Beyrouth et construisit à ses frais un établissement pour le patriarcat à Echeréfié.
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